in/divisible

Des histoires plus ou moins vraies, plus ou moins autobiographiques et plus ou moins bien écrites.

in/visibles

passé

tiens-tiens ?

Tijuana, plus tordu qu'le 9-1
wisyanne, pas du cul monomaniaque comme ici, non, enfin d'l'amour !
manolita's fever

hy/ppostrophe

expressway to your skull, rockn'roll culturation

Quand tu auras passé trente ans de ta vie à mettre au point de subtiles méthodes psycho-pédiatriques, médico-pédagogiques, psychanalo-pédotechniques, à la veille de la retraite, tu prendras une bonne charge de dynamite et tu iras discrètement faire sauter quelques pâtés de maisons dans un quartier de taudis. Et en une seconde, tu auras fait plus de travail qu'en trente ans.
Fernand Deligny, Graine de Crapule.

Dimanche 27 Mai 2007.

l'amour du chiffre

Par delà les constellations et les galaxies, il est, n’en doutons pas, quelque présence qui scrute nos faits et gestes, consterné, comme d’aucun ici-bas moule dans son canapé devant un bon vieux Derrick par un dimanche pluvieux. La voilà donc, notre présence suprastellaire, haussant le sourcil à la vue de ce document mirifique, témoignage poignant des valeurs en vogue chez les êtres vivants complexes du système solaire… Qu’un Sarkozy soit porté aux nues le temps d’un songe ne doit pas ici nous arrêter, tant l’être distant de quelques milliers de parsons s’en cogne la tentacule ventrale. Ce qui intrigue notre bestiole extraterrestre, c’est notre vénération aussi prompte que soumise devant la moindre quantification statistique. Et cet article en est l’illustration discrète et efficace.

Attardons nous sur la rhétorique ; l’amas de chiffres semble témoigner d’une certaine volonté d’adhésion des foules de la part du prosateur : « Seul le général de Gaulle a fait mieux lors de son arrivée à l'Elysée, il y a près de 50 ans ! ». Vraisemblablement, nous sommes ébaubis par ces scores mirobolants. Et puisque la vue seule de ces nombres ne cesse de briser le marbre de notre indifférence blasée, l’auteur en remet une couche : « Georges Pompidou 54%, Valéry Giscard d'Estaing 44%, François Mitterrand 54% (à la fois en 1981 et 1988), Jacques Chirac 59% en 1995 et 51% en 2002. »… Etc, etc. On ne saura donc rien – ou si peu - du contexte et des facteurs plus ou moins légitimes ni des motivations des personnes interrogées : les chiffres portent en eux-mêmes leur signification, leur pouvoir, leur consécration ; ils sont l’hostie du IIIe millénaire.

A tel point qu’un xénologue interstellaire put écrire :

« Les êtres humains de l’ère atomique distribuaient leur pouvoir suivant des règles peu communes, et qui se devaient d’être une réponse aux formes de domination charismatique, religieuse ou traditionnelle des périodes antérieures. Ainsi se répartissaient-ils statistiquement afin d’envisager celui qui serait à même d’exercer une part de ce pouvoir. Et non seulement cette rationalisation de la division du travail social donnait lieu à la légitimation des individus ainsi choisis, mais elle produisait en même temps les possibilités d’une aune de popularité, de satisfaction, de séduction. Chez les êtres humains de l’ère atomique, on pensait qu’il était possible de quantifier l’amour. »

kalinka | 15 h 47 | Rubrique : socio-lego | Màj : 27/05/07 à 18 h 31

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Lundi 16 Avril 2007.

I am not a number, i am a free man !

Pris au dépourvu, grand bien m’en prit, et ce soir là à La Générale pour le vernissage de Lux, je me voyais collé à la toile compulsive de mes petites lubies faussement sexuelles et obsessionnellement affectives. Première petite claque incisive que tu m’offrais, Violaine, et je t’en remercie mais ce n’est pas tout… En me découvrant noyé dans le réseau dense de tes amours hoquetants, c’est aussi à la postérité que tu m’invitais à réfléchir : figé dans le gel de l’œuvre, « Petit moi-même » s’en trouvait bien amusé de se voir perpétué en coup d’un soir arithmétiquement dans la moyenne. Sexe, mort, cocktail classique à sans cesse remâcher, l’énigme n’est jamais consommée et je riais de me voir si ordinaire en ce miroir. Ton propos plut, sache-le, et nous fûmes nombreux à nous gausser de nos petites aventures lubriques, ce à quoi ta proposition artistique nous invitait.

L’objet de ces louanges se compose ainsi : deux rétroprojecteurs illuminent côte à côté un mur blanc. Dans les carrés de lumière apparaissent quatre tableaux statistiques résumant deux années d’échanges séminaux.
Le premier tableau est un index numérotant chronologiquement le passage de chacun des partenaires dans ton histoire. Coincé entre un « Le Turc », un « Carrefour » et autre « Québécois N°2 », j’appréciais ce sobriquet mignonnet dont tu m’affligeais affectueusement. Mais déjà, N°23 que j’étais devenu, il me fallait passer au tableau suivant.
La durée de la relation traduite en camembert coloré plongeait la singularité fantasmée de mon ego dans la foule ramassée des « 1 heure et + ».
Le troisième tableau quant à lui résume ton propre taux d’activité érotique, avec ses moments creux et ses envolées sexuelles, et enfin, très apprécié, le quatrième tableau de petites barres offraient la perspective de la qualité de la relation proprement dite, pour le partenaire et pour toi-même : de ++ à --, je me retrouvais grosso modo à « plus ou moins », et tu me prêtais un plaisir légèrement supérieur : +.
Eminemment subjectif, j’en concluais que je t’avais laissé le souvenir de quelqu’un de valorisant, à défaut de t’avoir laissé un souvenir inoubliable au plumard, à défaut tout autant de pouvoir réellement comparer le plaisir que chacun d’entre nous avait pris alors - moi, toi, les autres ; 2004, c’est si loin, et c’est devant mon nez…

Je m’amusais de cette projection catapultante de mes interventions tartuffesques dans la vie d’autrui, et je m’en amusais parce que nous avions rendez-vous, oui Madame, nous avions rendez-vous dans ce même lieu avec E., une bonne semaine de présence/absence qu’on se tournait autour, et la soirée ne faisait que commencer. Quel N° suis-je dans sa vie ? Quelle aune d’émotion nous procurerons nous ? « Tu me fais peur », me dit E. au petit matin alors que nous nous étreignons entre quat’z’yeux tout en haut du parc de Belleville. Et sa peur m’angoisse et je tiens à elle, pensais-je, et je souhaite être autre chose qu’un numéro dans son propre tableau rétroprojeté. Faites sortir l’illusion par la porte, elle vous revient dans la gueule par la fenêtre. L’absurdité de la condition humaine est sans fin, me glisse Camus que je redécouvre avidement sous le soleil, exactement : Starring at the sea, starring at the sun…

kalinka | 13 h 40 | Rubrique : bobologie | Màj : 16/04/07 à 17 h 54

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Lundi 09 Avril 2007.

jargon du secteur 2

Autonomie

S’inscrire dans l’agir conforme n’est pas un donné pour tous et, il faut bien le dire, reste un acquis fragile. Son écueil réside avant tout dans son irrationalité principielle : point de bonne raison suffisante au désir, ni à la haine d’ailleurs. La justification, c’est après, quand les actes sont consommés. Et il en faut pourtant de cette insoluble mystique des affects pour s’arrimer un tant soi peu à nos destins convenus de grandes plantes sociétales !

Reste à laisser un peu de place à son prochain, à ne pas lui piquer son champ de potentialités… Autre affaire que voilà, autre affaire que de projeter en soi les p’tites histoires de tout un chacun, que de ne pas s’envahir les uns les autres, et s’approprier pourtant des destinées aux trajectoires confuses et morcelées. Petites stratégies donc qui consistent à proposer à autrui ce qu’il nous donne à voir, à s’identifier en creux dans les instances multiples des paraître : j’aurai essayé, en somme, et la justesse ici compte pour bien peu.

Paradoxale, l’autonomie ? Désir d’agir, désir de s’interdire, et, il le faut bien, désir de se battre, parce qu’advenir : le monde n’est pas une communauté hippie, l’autonomie c’est du pouvoir en intention. Et de ce côté qui pourrait dire ce que les règles de vie de demain seront ? Alors énoncez, bien évidemment. Je désire : le travail, les enfants, me lever tôt le matin, aider mon prochain, mon réseau social, me laver, me former, le salariat, la citoyenneté, et je m’aime en résumé… Je s’interdit : le vol, la crasse, la violence, la transgression, les psychotropes, le mensonge, l’intolérance, la luxure, le grand Capital… et je me déteste, en un mot ?

Rentrons dans le vif de la fonction : éduquez à l’autonomie, telle est l’injonction qui vous est faite. On vous dira, vite fait bien fait, qu’il y a de la règle et qu’il y a du Soi. Et la loi, ici, celle du Livre, le juridique, n’y est pour rien. Il n’y a pas de Constitution ni d’article en Soi - si ce n’est celui de la mort, et c’est pour après, a priori. A cette mystique là, d’autres préférerons celle de l’être-sexe : on serait dans la pulsion, machines symboliques à mastiquer des mécanismes. Le désir c’est du cul plus ou moins métaphorique, de la jouissance. Ce conte là a au moins le mérite d’investir l’Interdit, et en cela il a du bon. Mais attention cependant à la fascination : on a vite fait de tirer des conclusions figées de la mélasse psycho-logique. La pulsion automatique ou autogénérée reste une fiction ; irrationnelle disais-je, l’autonomie, et ses supports sont mouvants, synchroniquement et diachroniquement, parce qu'hétéronomes. Laissons donc de côté les généralisations abusives : les femmes ne souhaitent pas nécessairement avoir des enfants, les hommes ne sont pas nécessairement des phallus sur pattes, les enfants n’aiment pas nécessairement leurs parents, on a pas nécessairement besoin d’un papa et d’une maman, etc. Foin de la norme et des valeurs, mais alors que vous reste-t-il à inculquer ? Peut-être le fait que la vie n’est qu’un bref moment, pour Soi et pour Autrui aussi, tout simplement… Simplement dans les mots, mais dans les actes ? Oh, et puis chacun son boulot, après tout.

kalinka | 01 h 05 | Rubrique : re/dressage social | Màj : 16/04/07 à 17 h 59

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Dimanche 08 Avril 2007.

halte au laborieux

J’avais commencé une historiette, il y a peu, et c’était un tâtonnement dérisoire, comme bien d’autres, et je ne m’efforcerai pas à dilater cette tumeur velléitaire.

C’est ainsi, le jeu a fait long feu, la foi était bien là mais la crédulité a cessé. Mal engagée cette comptine je vous le dis, maladroite, et creuse qui plus est.

Elle cesse donc ici sans pour autant qu’on puisse y poser le mot FIN, car elle n’a pas de fin si ce n’est l’absurde assèchement de l’encre de son auteur. Depuis le début. Bien avant son commencement.

On passera donc désormais aux choses sérieuses, non non il ne s’agit pas ici de se pincer les lèvres, ni même de renier ni même de jeter ; il s’agit : d’agir, justement, de se saisir de l'opportunité, de se matérialiser. de ne plus sourire à la dame, a priori.

De ne pas la vomir, non plus.

kalinka | 21 h 18 | Rubrique : bobologie

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Samedi 07 Avril 2007.

Jargon du secteur 1

poser un cadre

Comme d’une fenêtre dont on aurait oublié de fabriquer le mur, tout autour, les horizons semblent manquer aux êtres assistés. Sont-ils ivres d’une lumière sans ombre, collés aux protons d’un soleil éblouissant, les iris figés dans l’infini ? Ils vont-ils viennent sans but et sans projet, sans repères, assimilés aux stéréotypes lancinants d’une dinguerie errante et compulsive. Poser un cadre, alors, inscrire dans l’insigne fluidité des impressions la discontinuité de l’ordre du monde, séparer l’Autrui, imputer du truisme, révéler le banal et l’exceptionnel… Et voilà le travail ! Travail ?

Torturer de l’angoisse pour fabriquer de l’autonomie, manipuler l’être au nom de la Loi par soi-même – au Nom de la Loi, je m’arrête ! -, violente utopie que celle de l’énonciation de la trivialité à dessein performatif - Que la Lumière soit, et la Lumière fut ! -, la norme du parlêtre dit bien là ses aspirations dogmatiques, norme subjective qui sans limite borne l’inconsistance du monde.

En voilà une drôle de mission, en voilà de drôles de prêtres… prévenir, acte de foi visant à savoir ce qui ne doit pas être, à infliger comme en creux la solidité du cadre, et alarmer sans répit en imposant l’angoisse des confins.  Comme d’un serpent qui se mord la queue, il semble que le fait de poser un cadre n’est d’autre finale utilité que d’asseoir le rôle de l’éducateur dans une fonction aux contours bien délimités, de le rassurer quant à sa présence et ses coordonnées dans l’ordre de la division du travail social.

L’encadrant cadré, en résumé.

kalinka | 20 h 23 | Rubrique : re/dressage social

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Mercredi 04 Avril 2007.

Petites misères de la micro-domination

On compte sur vous affreusement dans ce travail. On compte sur moi, et tu me fixes silencieuse soudain les yeux écarquillés de désespoir :

« Et je tiens ton futur dans mon poing, peut-être ? Je tiens ton plaisir et ta jouissance, aussi, pendant qu’on y est ? Ton regard me rappelle d’autres histoires, d’autres épopées, de cet ordre du monde auquel tu n’appartiens pas, un monde de tendresse et de colère ou d’exaspération, un monde dans lequel l’important est de se sentir désiré ou haï, et sûrement pas de ce monde de mémoires professionnels et de fonctions attribuées, quand bien même il s’agirait de causer affect et sexualité, marmaille et êtres en souffrance.

Tu devrais le savoir, et même si tu es adulte depuis peu de temps, tu devrais le savoir que je ne saurais m’attendrir à la vue de tes larmes et de ta détresse. C’est un monde de cochons, c’est vrai, des candidatures présidentielles te marchent dessus sans cohérence, des directions t’infantilisent, des formateurs rient sous cape de tes doutes exagérés, des conseillers associatifs refont ton monde sans égard pour ton opinion, et c’est un monde de cochons, tout à fait. A vomir. Mais tu ne peux t’abandonner ainsi, tu ne peux leur appartenir. Tu te dois à toi-même le cynisme ou la rébellion, et que sais-je encore ? L’important n’est pas que tu es raison, l’important est que tu ne cesses de t’appartenir.

Et que devrais-je faire, moi, de ces larmes de crocodile, de tes suppliques, de ton chantage à l’abandon ? Je te prends dans mes bras ? Je bois tes larmes sur tes joues ? je te caresse tendrement, nous baisons sauvagement sur les tables de classe ? »

Je la regarde pleurer les yeux dans son écran, incapable désormais de suivre la moindre de mes indications de travail. Elle ne m’entendra plus, maintenant. Et merde ! :

« Allez, viens, approche-toi, on va la faire ensemble, cette putain de conclusion de mémoire. »

kalinka | 23 h 32 | Rubrique : socio-lego

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Vendredi 30 Mars 2007.

L'ordre du monde

Elle s’assoit sur le lit, elle est en nage et la douche n’y fait rien. Au-dessus du plafond ses parents sûrement sont assoupis, eux ne pensent à rien. Pas comme elle. Eux sont en paix. Le silence mâte dans ce petit studio qui n’est pas le sien l’angoisse terriblement, et tout autour d’elle la pression stridente de l’ordre du monde flotte et écrase son corps menu… L’ordre du monde ne lui laisse pas de place, l’ordre du monde l’évacue patiemment. Pourquoi lutter ? Pourquoi lutter, maintenant qu’il est parti ? L’angoisse est forte et douloureuse, elle ne sait que faire de son corps et de cette nuit immobile, elle ne sait que faire de ce corps qu’il a délaissé, de cette peau marquée par sa salive et sa sueur et son odeur et son plaisir et… Elle s’effondre sur le lit le front dans le polochon, elle enfonce ses longs cheveux bruns dans le matelas, elle s’écrase le visage dans les replis du coussin et un cri blanc inaudible s’échappe de sa gorge tuméfiée d’avoir tant sangloté. L’ordre du monde est en elle et l’invite à faire silence, à ne pas déranger, surtout pas, à ne pas prendre de place qui ne soit la sienne, surtout pas.
Elle est désormais recroquevillée et ses genoux touchent presque sa petite poitrine. Les yeux grand ouverts, elle tête inlassablement ce foulard si précieux, celui qu’il lui avait offert un après-midi de septembre, alors qu’ils se promenaient au hasard de leur tendre badinerie. Elle s’était arrêtée devant cette vitrine aux couleurs d’automne - elle aime l’automne et ses couleurs passées - et il était entré, et il était ressorti avec ce foulard et l’avait glissé sur ses épaules. Elle se souvenait du mouvement de la main sur son cou et sa nuque, de la caresse légère de la peau sur sa peau et de la pression douce des lèvres sur sa joue. Elle avait oublié son angoisse de vingt ans et sa guerre perpétuelle contre l’anorexie et ses terribles rechutes, c’est alors seulement qu’elle s’en apercevait, et c’est alors seulement qu’elle commença à l’aimer. L’aimer… Elle frissonne et sent le vide terrible de son absence. Sa joue est marquée par le sillon des larmes. Elle se hait de n’avoir su le retenir, elle hait son être de n’avoir su se faire désirer suffisamment, de n’avoir su prendre encore une place quelque part, juste une petite, de n’avoir su ne pas être oublié, pas complètement.
Elle prend conscience du matin qui s’annonce, alors que derrière les volets la lumière n’a pas encore rejoint le piaillement des oiseaux et le grincement des rideaux métalliques. Elle prend conscience de cette poutre entre la porte et le plafond qu’elle fixe depuis un bon moment, à tel point qu’elle discerne la moindre veinule dans le bois fendu par le temps. Elle ne saura plus y faire, sans lui, elle ne saura plus contenir le si fragile souffle qui l’accroche à l’ordre du monde. Elle en veut à son corps à elle et ne sait plus comment lui dire, elle en veut à sa chair et à sa consistance, et le temps doit s’arrêter, et il reviendrait parce qu’il saurait, il saurait combien elle l’aimait de savoir si bien l’entourer et lui faire une place, une place pour elle dans le monde enfin ordonné. Au dessus, elle discerne confusément le craquement du parquet et les pieds nus qui tapotent en direction de la salle de bain. Le café sûrement est prêt. C’est l’heure du petit-déjeuner, en haut.
K. descend les marches dans la lumière grise du matin, un plateau dans les bras. Elle a trouvé ce prétexte anodin pour embrasser sa fille avant de partir au travail. Elle s’inquiète un peu, elle appréhende les jours à venir, elle connaît sa fille, sa fille unique, et la sait fragile et sait combien elle peut se torturer. Elle frappe à la porte du petit studio, et K. craint le pire, frappe encore, puis ouvre doucement la porte. La porte s’ouvre mais à mi-chemin une masse molle semble la retenir. Quelque chose gêne son ouverture et oblige K. à poser le plateau dans le couloir. Et puis elle pousse et pousse encore, et parvient à se glisser dans l’entrebâillement, et le corps de sa fille encore chaud pendu à son petit foulard se colle à son visage et elle crie.

« Elle allait sur ses trente-cinq ans, le savais-tu ?

- Oui, je le sais bien, K. »

Un silence, et soudain sa main agrippe mon bras, et sous le manteau je sens ses doigts qui me parlent, ses doigts qui hurlent son désespoir. Et je ne dis pas : « Je ne la connaissais pas, ta fille, ton amour, et je n’y étais pas à son enterrement, parce qu’il fallait bien te remplacer et continuer et éviter que la faille n’ensevelisse tout, contenir les secousses sismiques et tenir l’ordre du monde... ». Je ne dis rien, et je sens contre moi son manteau trempé qui me serre et sa chair qui n’en finit pas de hurler de douleur tandis que nous nous étreignons.

kalinka | 17 h 47 | Rubrique : bobologie

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Jeudi 29 Mars 2007.

moi l'respect ça m'connait

Alors bien évidemment lorsqu’on veut un tant soit peu de punkitude vibes il faut les chercher là où elles se trouvent… M. s’en donnait à cœur joie ce soir là, c’était encore à la Générale, quelle brutasse cette nana ! Et pendant que je me tenais en retrait avec nos deux verres de rhum, elle envoyait valdinguer les plus costauds dans les cordes, y avait des coups de docs qui se perdaient j’en avais mal pour eux. Rock N’ Roll la soirée, donc, et j’en parlais justement avec V. que je ne reconnaissais pas tout de suite rapport à la perruque, et je m’étonnais que cette autre histoire parallèle du lointain Sud se pointe elle aussi dans la grand-ville, étonnantes ces perspectives, une dans chaque œil et le pétard entre les lèvres, nous vivons tous dans un sous-marin de poche noyé dans la masse des corps et, petit nymphomane pervers que je suis, le bataillon entier serait passé sur moi… Putassière ma vie avais-je annoncé précédemment, ça vous pouvez me croire, et finalement quelle importance ?

Dansons, donc, et j’avais oublié à quel point se trémousser pouvait être surprenant, et quel besoin as-tu, bidule, de me justifier pendant une heure que tu ne souhaitais que danser avec elle ? Ben quoi elle te plait pas ma copine ? Elle s’enverrait des mecs que pour l’odeur de leur parfum, tu ne savais pas ? Et sur fond d’une surf music que je n’aurais jamais imaginé être aussi stimulante, je te proposais une partouze histoire de te dérouiller la boîte à déraison - ta logorrhée s’en figea instantanément…

Il est des choses pour lesquelles il ne semble pas y avoir besoin de ces lois iniques pétries de bonnes intentions hypocrites comme celle qui figure désormais au frontispice de toutes les salles de concert homologuées, Liberté-Egalité-Sororité-Ne-pas-fumer, Faîtes-vous-aider pour la petite touche de prévention, et de ces choses le cul fait bien parti. Pas besoin de lois, les individus y vont toujours de leurs petites remarques désobligeantes, « je suis un garçon, toi aussi, et je te dois le respect à toi et à ta copine ». Respect de quoi, j’me l’demande, et tu me prends à part pour me raconter toutes ces imbécillités conformistes, le pétard au bec y perdait de son goût punkitudinal, à croire que le respect passait surtout par moi – comme le das’ si je continue comme ça – et ne s’adressait qu’à moi et ma gameboy et non à une quelconque tierce personne : l’Universel au masculin (le neutre si vous préférez), c’est décidément à la portée de n’importe quel tocard.

kalinka | 02 h 51 | Rubrique : jgling/jgling

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