Des histoires plus ou moins vraies, plus ou moins autobiographiques et plus ou moins bien écrites.

Pris au dépourvu, grand bien m’en prit, et ce soir là à
L’objet de ces louanges se compose ainsi : deux rétroprojecteurs illuminent côte à côté un mur blanc. Dans les carrés de lumière apparaissent quatre tableaux statistiques résumant deux années d’échanges séminaux.
Le premier tableau est un index numérotant chronologiquement le passage de chacun des partenaires dans ton histoire. Coincé entre un « Le Turc », un « Carrefour » et autre « Québécois N°2 », j’appréciais ce sobriquet mignonnet dont tu m’affligeais affectueusement. Mais déjà, N°23 que j’étais devenu, il me fallait passer au tableau suivant.
La durée de la relation traduite en camembert coloré plongeait la singularité fantasmée de mon ego dans la foule ramassée des « 1 heure et + ».
Le troisième tableau quant à lui résume ton propre taux d’activité érotique, avec ses moments creux et ses envolées sexuelles, et enfin, très apprécié, le quatrième tableau de petites barres offraient la perspective de la qualité de la relation proprement dite, pour le partenaire et pour toi-même : de ++ à --, je me retrouvais grosso modo à « plus ou moins », et tu me prêtais un plaisir légèrement supérieur : +.
Eminemment subjectif, j’en concluais que je t’avais laissé le souvenir de quelqu’un de valorisant, à défaut de t’avoir laissé un souvenir inoubliable au plumard, à défaut tout autant de pouvoir réellement comparer le plaisir que chacun d’entre nous avait pris alors - moi, toi, les autres ; 2004, c’est si loin, et c’est devant mon nez…
Je m’amusais de cette projection catapultante de mes interventions tartuffesques dans la vie d’autrui, et je m’en amusais parce que nous avions rendez-vous, oui Madame, nous avions rendez-vous dans ce même lieu avec E., une bonne semaine de présence/absence qu’on se tournait autour, et la soirée ne faisait que commencer. Quel N° suis-je dans sa vie ? Quelle aune d’émotion nous procurerons nous ? « Tu me fais peur », me dit E. au petit matin alors que nous nous étreignons entre quat’z’yeux tout en haut du parc de Belleville. Et sa peur m’angoisse et je tiens à elle, pensais-je, et je souhaite être autre chose qu’un numéro dans son propre tableau rétroprojeté. Faites sortir l’illusion par la porte, elle vous revient dans la gueule par la fenêtre. L’absurdité de la condition humaine est sans fin, me glisse Camus que je redécouvre avidement sous le soleil, exactement : Starring at the sea, starring at the sun…
kalinka | 13 h 40 | Rubrique : bobologie | Màj : 16/04/07 à 17 h 54
J’avais commencé une historiette, il y a peu, et c’était un tâtonnement dérisoire, comme bien d’autres, et je ne m’efforcerai pas à dilater cette tumeur velléitaire.
C’est ainsi, le jeu a fait long feu, la foi était bien là mais la crédulité a cessé. Mal engagée cette comptine je vous le dis, maladroite, et creuse qui plus est.
Elle cesse donc ici sans pour autant qu’on puisse y poser le mot FIN, car elle n’a pas de fin si ce n’est l’absurde assèchement de l’encre de son auteur. Depuis le début. Bien avant son commencement.
On passera donc désormais aux choses sérieuses, non non il ne s’agit pas ici de se pincer les lèvres, ni même de renier ni même de jeter ; il s’agit : d’agir, justement, de se saisir de l'opportunité, de se matérialiser. de ne plus sourire à la dame, a priori.
De ne pas la vomir, non plus.
Elle s’assoit sur le lit, elle est en nage et la douche n’y fait rien. Au-dessus du plafond ses parents sûrement sont assoupis, eux ne pensent à rien. Pas comme elle. Eux sont en paix. Le silence mâte dans ce petit studio qui n’est pas le sien l’angoisse terriblement, et tout autour d’elle la pression stridente de l’ordre du monde flotte et écrase son corps menu… L’ordre du monde ne lui laisse pas de place, l’ordre du monde l’évacue patiemment. Pourquoi lutter ? Pourquoi lutter, maintenant qu’il est parti ? L’angoisse est forte et douloureuse, elle ne sait que faire de son corps et de cette nuit immobile, elle ne sait que faire de ce corps qu’il a délaissé, de cette peau marquée par sa salive et sa sueur et son odeur et son plaisir et… Elle s’effondre sur le lit le front dans le polochon, elle enfonce ses longs cheveux bruns dans le matelas, elle s’écrase le visage dans les replis du coussin et un cri blanc inaudible s’échappe de sa gorge tuméfiée d’avoir tant sangloté. L’ordre du monde est en elle et l’invite à faire silence, à ne pas déranger, surtout pas, à ne pas prendre de place qui ne soit la sienne, surtout pas.
Elle est désormais recroquevillée et ses genoux touchent presque sa petite poitrine. Les yeux grand ouverts, elle tête inlassablement ce foulard si précieux, celui qu’il lui avait offert un après-midi de septembre, alors qu’ils se promenaient au hasard de leur tendre badinerie. Elle s’était arrêtée devant cette vitrine aux couleurs d’automne - elle aime l’automne et ses couleurs passées - et il était entré, et il était ressorti avec ce foulard et l’avait glissé sur ses épaules. Elle se souvenait du mouvement de la main sur son cou et sa nuque, de la caresse légère de la peau sur sa peau et de la pression douce des lèvres sur sa joue. Elle avait oublié son angoisse de vingt ans et sa guerre perpétuelle contre l’anorexie et ses terribles rechutes, c’est alors seulement qu’elle s’en apercevait, et c’est alors seulement qu’elle commença à l’aimer. L’aimer… Elle frissonne et sent le vide terrible de son absence. Sa joue est marquée par le sillon des larmes. Elle se hait de n’avoir su le retenir, elle hait son être de n’avoir su se faire désirer suffisamment, de n’avoir su prendre encore une place quelque part, juste une petite, de n’avoir su ne pas être oublié, pas complètement.
Elle prend conscience du matin qui s’annonce, alors que derrière les volets la lumière n’a pas encore rejoint le piaillement des oiseaux et le grincement des rideaux métalliques. Elle prend conscience de cette poutre entre la porte et le plafond qu’elle fixe depuis un bon moment, à tel point qu’elle discerne la moindre veinule dans le bois fendu par le temps. Elle ne saura plus y faire, sans lui, elle ne saura plus contenir le si fragile souffle qui l’accroche à l’ordre du monde. Elle en veut à son corps à elle et ne sait plus comment lui dire, elle en veut à sa chair et à sa consistance, et le temps doit s’arrêter, et il reviendrait parce qu’il saurait, il saurait combien elle l’aimait de savoir si bien l’entourer et lui faire une place, une place pour elle dans le monde enfin ordonné. Au dessus, elle discerne confusément le craquement du parquet et les pieds nus qui tapotent en direction de la salle de bain. Le café sûrement est prêt. C’est l’heure du petit-déjeuner, en haut.
K. descend les marches dans la lumière grise du matin, un plateau dans les bras. Elle a trouvé ce prétexte anodin pour embrasser sa fille avant de partir au travail. Elle s’inquiète un peu, elle appréhende les jours à venir, elle connaît sa fille, sa fille unique, et la sait fragile et sait combien elle peut se torturer. Elle frappe à la porte du petit studio, et K. craint le pire, frappe encore, puis ouvre doucement
« Elle allait sur ses trente-cinq ans, le savais-tu ?
- Oui, je le sais bien, K. »
Un silence, et soudain sa main agrippe mon bras, et sous le manteau je sens ses doigts qui me parlent, ses doigts qui hurlent son désespoir. Et je ne dis pas : « Je ne la connaissais pas, ta fille, ton amour, et je n’y étais pas à son enterrement, parce qu’il fallait bien te remplacer et continuer et éviter que la faille n’ensevelisse tout, contenir les secousses sismiques et tenir l’ordre du monde... ». Je ne dis rien, et je sens contre moi son manteau trempé qui me serre et sa chair qui n’en finit pas de hurler de douleur tandis que nous nous étreignons.
Fucking tête en l’air que je suis, j’ai omis de récupérer un bout de la batterie de mon ordi avant de me barrer du boulot ce soir… Résultat, le temps m’est compté pour ce week-end et la suite de ma petite nouvelle attendra le début de semaine prochaine. Dommage pour moi, y avait comme un rythme, je voyais déjà le train décoller pour des horizons ludiques et pétillants.
Shut down alarm : Ten... nine... eight... seven... six... Now.
Ce « foyer pour personne dépressive » lancé via google m’interpelle. Il est venu à moi, entre un « quiproquo » et un « jgling », entre chien et loup sûrement, alors que je dispendiais mes péroraisons didactiques à tue-tête, fier et aveugle comme un candidat en campagne : « l’âge mental n’existe pas, et même pire, c’est un concept dangereux », ou encore « on ne dit pas elle est prise en charge sur l’hôtel social, mais à l’hôtel social, tout comme on ne dit pas qu’elle est allée sur le boucher, mais bien au boucher », etc.
- Moi je ne la fais plus cette faute, le coup du boucher tu nous l’avais fait l’année dernière, nous dit C. d’un air entendu.
Certes, l’une des qualités du formateur soucieux d’intéresser les étudiants est de se renouveler :
- On ne dit pas elle est allée sur le nègre, mais elle est allée au charbon.
La sémantique à caractère pornographique déserte mon blog et s’invite dans mon travail, où les mômes se font violer mieux qu’au cinéma et les femmes passent la douane en écartant les jambes pour atteindre les rives méridionales de l’Europe, et les gens sont prêts à mourir pour atteindre l’Eldorado via Ceuta, et ils meurent plus bas, toujours plus bas dans la corne africaine, parce que l’Europe exporte ses frontières en Afrique, toujours plus au sud, et ses frontières sont toujours plus meurtrières et jamais plus efficaces. Mais l’Europe y croit – Soral, ta rhétorique est naïve1.
Ce « foyer pour personne dépressive » m’interpelle, et je perçois les ressorts psychanalysants de ces post larmoyants et austères, tout comme je ressens la pornographie envahir ma vie affective : abandonnique, violente ; putassière, voyeuriste ; beurk, en un mot. Mon travail s’invite sur mon blog : « j'ai eu une psychose infantile et je suis guérie à adulte », « schizoide », « mdma toute les semaines », « codeine », « psychanalyse narcissique », « sortie hors du corps mode d"emploi », « je suis enceinte », « leçon de macramé ».
Pour synthétiser : « sperme partout ».
1 Comment insulter Soral, Soral le pestiféré-provocateur, tout a été vitupéré à son endroit ? Neuf livres, et la candeur s’acharne toujours sur toi, boxeur enthousiaste de boutonneux lambertiste…
La vie s’avance masquée, vieil air connu ; elle s’ingénie à déstabiliser les pythies modernes les plus patientes et les plus obtuses, elle laisse pantois les augures de notre temps et les abandonne bégayants devant leurs jouets sophistiqués. Le futur est une Idée, c’est une Babel que grands enfants nous nous efforçons de reconstruire encore et encore, et encore et encore la vie sans trame congédie nos projets les plus ancrés, les principes de ce qui nous constitue, le peu de valeurs que nous mettons en branle pour tenir dans la tempête.
Je suis étrangement absent de moi-même cette nuit, je suis étranger cette nuit, je me suis retiré de ma carcasse et mon enveloppe ne réchauffe plus rien que quelques bouts de tuyau négligés. Cette vacance de tout devenir, ce serpent de chair enroulé autour de rien, cet ersatz d’être qui ne tient qu’au réflexe bio-mécanique des particules et des organes agrippés au temps, j’en ressens la fatuité tragi-comique : tragédie de la banalité, comédie du ridicule.
Je m‘étais il y a peu incrusté en moi-même, convaincu de m’y tenir enfin, persuadé que, peut-être, je saurai après tout m’y tenir tranquille et nettoyer dans les coins et m’investir à l’épanouissement de ma demeure carnée. Pourrissement, oui ! Et je me sens aussi vétuste et insalubre qu’une lope fripée et incontinente.
Vieille rengaine aussi : celle de l’humanité… L’humanité et son cortège de bégaiements affectifs, ses frivolités essentielles, ses passions interchangeables. On vous accorde l’estime, on vous jure l’absolu ; on vous compare sans retenue, on se dispense de vos services… Autant de bio-mécaniques s’affolant dans l’infini à borner le réel, s’escrimant à respirer dans l’air confiné le sexe offert au tout-venant, l’oxygène n’y est pour rien, c’est l’emboîtage qui compte, les ronds dans les ronds et les carrés idem : autre Babel vouée à l’échec à la déception, il n’y a rien dans la passion, rien dans la frivolité, rien dans l’affection, rien dans l’humanité, rien d’autre que l’illusion d’un futur confortable et d’une retraite sans fin. Sans finalité.
Capituler.
Pour cause de deuil affectif à très haute teneur lacrymogène, j’ai eu pendant quelques temps un mal certain à me rendre à Toulouse. Un mal de chien plutôt, une impossibilité à m’acheminer là-bas, que ça tergiversait, ça se chamboulait et ça se révoltait. J’en voulais à la terre entière, à son choix surtout, à son terrible abandon, au reflux de mes peines et de mes joies dans ces terres occitanes que je ne concevais pas aborder sans au moins l’entrapercevoir, et pourquoi pas l’entendre, et pourquoi pas la toucher, et pourquoi pas la ramener dans mes bagages ? Je l’invitais au restaurant, on se prenait la main et un regard doux et un sourire entendu et puis nous sortions de table tous deux repus de désir, laissant intouchés le canard dans les assiettes. Marchant dans
Et puis le corps malingre et souffreteux rentrait dans sa coquille, j’hésitais puis finalement je renonçais, je disparaissais dans les larmes et le vide si épais de ton absence « non vraiment ce n’est pas possible les amis, trop de souvenirs et trop de désespoir qui m’attendent et votre accueil et votre réconfort n’y pourront rien. » Je raccrochais le téléphone et j’enrageais d’impuissance et de renoncement sans fin. Et… Et.
PARISTOULOUSE 1 73.00 €
Aller : le Mercredi 07/03 de 22h56 03751
Retour : le Dimanche 11/03 de 17h31 03692
Et je suis guéri ?
(Concerts post-rockiens à la chaîne au mois de mai :
- Low, Café de la Danse, 20 mai 2007, ??h ??,
- Do make say think, La maroquinerie, 22 mai 2007, 19h30,
- The Battles, La maroquinerie, 26 mai 2007, 19h30.
Alors les aminches près pour l’orgie ? Et ce Low, là, ça ne vous dit rien ? des Arcades ? Nîmes ? Radiohead ? mmm ? Me dîtes pas que décidément non j’ai la flemme parce que cela ne passera tout bonnement PAS.)