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Des histoires plus ou moins vraies, plus ou moins autobiographiques et plus ou moins bien écrites.

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Tijuana, plus tordu qu'le 9-1
wisyanne, pas du cul monomaniaque comme ici, non, enfin d'l'amour !
manolita's fever

Mercredi 14 Mars 2007.

Brûler l'idole 2

Le regard posé sur le canard dans mon assiette, je sentais mon corps comme brûlé par l'acidité de ses mots :

"J'ai rencontré quelqu'un, je suis enceinte...".

La nausée me submergeait, mes mains fébriles accrochaient les objets autour de moi, le verre, un couteau, mes clopes. Oui aspirer une cigarette, se débarrasser de l'encombrement des membres inutiles, se replier sur les papilles, refluer dans les volutes de fumée et faire écran. Quatre mois que tu étais partie, quatre mois que je me battais pour ne pas sombrer totalement, et tu m'annonçais tranquillement ma condamnation définitive avec la plus grande des maladresses du monde. Tu me demandais si j'avais rencontré quelqu'un, si j'étais heureux, si j'étais amoureux, et puis non mes histoires ne vont pas bien, et non je ne suis pas heureux, et tu insistais tant que je te provoquais exaspéré : " cesse de tourner autour du pot, tu sembles vouloir me dire quelque chose, tes questions sont celles que tu désires que je te pose... Accouche !". Je ne pouvais mieux tomber, et tu me disais que ce type dont tu attendais un enfant ne te plaisait pas plus que cela, que tu n’avais pas de boulot et toute ton histoire puait le renoncement. Tu comblais je le voyais bien ton angoisse à grands coups de chair humaine dans l'utérus, tu sacrifiais les errances de la cam aux petites manies rassurantes de la grossesse. J'ai un nom pour ton mouflet en gestation, tu veux savoir ? Appelle-le Palliatif.

Près des deux tiers des hospitalisations en psychiatrie concernent les hommes, le savais-tu ? Tu te demandes sûrement pourquoi les femmes échappent aussi significativement au traitement, peut-être ? Elles sont pourtant beaucoup plus nombreuses à se déclarer dépressives ; elles sont aussi beaucoup plus nombreuses à tenter le nettoyage par le vide, à coup de médoc s’entend. Parmi les plus amusantes des explications au palmarès, celle qui indique que les femmes délaissent la camisole pour le foyer familial est ma préférée. On devrait d’ailleurs dire que le foyer se saisit d’elles, ce qui serait plus juste. Et ton môme là, il me fait penser que tu as fait un choix odieux, que tu fuis ton aliénation pour une aliénation plus douce mais plus perverse, que tu cèdes aux sirènes diffuses de la normalité pour enfouir toujours plus profondément les racines de ton malheur et de ta dépression. Tu plonges dans le destin que d’autres ont écrit pour toi il y a bien longtemps, tu épouses ta propre dépossession et tu vas accoucher d’un sédatif pour toute ton existence. Tes barreaux seront peut-être dorés, ils n’en seront que plus durs à limer. Tu as bien réussi à te perdre, finalement, et je suis même trop atéré pour m’en désespérer. La cuisse de canard, froide désormais dans l’assiette baveuse de sauce, avait repris sa forme originelle de morceau de cadavre.

Le train me ramenait tout droit en enfer, ou bien plutôt à la médiocrité de mon petit purgatoire existentiel, parce que de l’enfer j’en revenais, il était bien là, tassé au creux de la banalité quotidienne, dans cette petite ville de province léthargique.

kalinka | 17 h 34 | Rubrique : bobologie

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