Des histoires plus ou moins vraies, plus ou moins autobiographiques et plus ou moins bien écrites.
J'emprunte ce néologisme à une conversation que nous eûmes avec V² et T². Manque plus que les Skuds et on est au complet.
Puisque la saison s’y prête, que tout le monde à l’air ravi de parler politique électorale – ce qui n’a rien à voir avec l’utopie politique, fusse-t-elle de zinc - on va nous aussi s’y mettre. La population que je côtoie confronte en général deux types de discours qui se veulent parfaitement incompatibles : discours du vote-de-gauche-malgré-tout et discours de l’abstention, de gauche aussi. Pour les premiers, mieux vaut voter Royal et revendiquer une adhésion commune par défaut ; pour les seconds, les valeurs de gauche sont trop importantes pour les sacrifier aux circonstances du moment. Inconciliables, donc : consensus contre intransigeance.
Dans cette affaire, Les consensuels sont majoritaires et détiennent la légitimité médiatique et institutionnelle. Après tout, il faut avant tout voter, peu importe pour qui, mais c’est la démocratie qui serait en jeu dans cette histoire : aux valeurs de gauche s’adjoignent, pas toujours de façon homogène, les valeurs de la démocratie collective. Enfin, les consensuels ont une mission commune fortement intégrative et tentent souvent de convaincre les intransigeants. Le prosélytisme se confond un peu à la revendication de sacrifice individuel et de responsabilité, et alimente tout autant la cohésion identitaire qu’il se voue au sauvetage des âmes intransigeantes et perdues.
Du côté des intransigeants, c’est la conscience individuelle qui est en jeu. Nulle adhésion à quelque groupe que ce soit. La rationalité politique est poussée au point que l’on ne saurait trahir ses convictions politiques individuelles : le vote par défaut ne peut pas exister, l’ego politique est tel qu’il ne peut se confondre avec celui des autres, il s’éprouve sans concession. A la culpabilité que leur renvoient les consensuels, ils répondent par le mépris dû aux sacrifices que demande cette adhésion. La méfiance est d’autant plus grande que le discours des consensuels se confond avec celui, plus dogmatique encore, d’une injonction tous azimuts au vote, de droite comme de gauche. Des chanteurs, des comiques arpentent même les cités pour enrôler les indélicats acculturés qui généralement s’abstiennent en masse, et les artistes en profitent par ailleurs pour user de leur médiatisation aux fins de diffuser les messages civiques ; et vice-versa, ce qui a sûrement tout autant le don d’agacer les intransigeants, qui eux ne semblent pas convaincus par la nécessité de porter leur message à qui que ce soit : aucune cohésion identitaire, aucun sacrifice à quelque communauté que ce soit. Là où les consensuels éprouvent un sentiment sacrificiel d’appartenance au peuple de gauche, quel que soit le programme à défendre semble-t-il, les intransigeants sont fortement individualistes tout en s’envisageant être de gauche.
Deux raisonnements, donc, et qui ont tous les deux leur rationalité. Et il me semble qu’au-delà d’un positionnement politique contradictoire propice aux engueulades, ce sont bien deux conceptions plus générales de ce que peut être une « éthique de gauche » qui sont en jeu. Pour la consensuelle, donc, le ralliement est symptomatique d’une vision fortement intégrée de ce que peut être la démocratie : au travers de soi, c’est un groupe avec lequel on partage des valeurs comprises comme absolues. La responsabilité individuelle est celle de se vouer à ces valeurs, la démocratie, la « prise du pouvoir » raisonnée par ceux qui se revendiquent de gauche, à savoir le PS ; bref, de s’arrimer à une conscience collective. Les intransigeants quant à eux se réfèrent à leur conscience individuelle uniquement : ils ne sont pas anti-démocrates, bien au contraire, et à défaut de cette citoyenneté dont on nous rabat les oreilles comme en d’autres temps le patriotisme, ils ont une conscience politique souvent aigue. Leur démocratie est avant tout celle de la conscience individuelle et du respect de celle-ci.
Le sens du collectif contre le respect de l’individu semblent aujourd’hui confrontés dans de nombreux domaines, et cette question ne devrait pas être galvaudée par le contexte de l’élection présidentielle et ses multiples chantages. Le message que contient l’absentéisme électoral ne devrait pas être traité avec tant de mépris.
Pour ma part, je tangue entre les deux hémisphères et ne cesse de tergiverser. A en avoir la nausée.
kalinka | 16 h 01 | Rubrique : socio-lego
Commentaires
anne
22/01/07 à 13:39
Moi qui suis, et c'est là peut etre le défaut, une citoyenne française....je pousserais un peu plus le bouchon. La conscience individuelle des consensuels et des intransigeants me semble aussi faire référence à une grosse gamelle collective de 2002. Par manque de recours, ou plus exactement, par grosse flème de trouver des réponses individuelles à une politique commune de gauche efficace, on choisi de fuir....(c'est aussi le cas dans pas mal d'autre cas...) ou de ...de fuir. Et oui, pour moi, dans les deux cas, on fait du dernier acte politique encore à peu près en notre réelle pocession une corvée : soit on ne vote pas, soit on vote pour quequ'un en qui personne n'a confiance sous prétexe qu'elle soit ....ou deja? ah oui, à Gauche.
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kalinka
22/01/07 à 21:44
Manifestation RDV à 14h, place Wilson (métro jean-jaures ou capitole)
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