Des histoires plus ou moins vraies, plus ou moins autobiographiques et plus ou moins bien écrites.
Alors que certains candidats se font jolis tout plein dans l’espoir d’être le plus photogénique ou le plus videogénique, qu’ils se la jouent mens sana in corpore sano à outrance, avec le fantasme pas vraiment assumé de passer pour des Übermenschen présidentiables qui ne pètent ni ne suent jamais, d’autres moins enclins aux strass et plumes-dans-l’cul s’offrent les joies de campagnes électorales moins infantiles et font appel, chose étrange et méconnue, aux synapses de leurs potentiels électeurs. Parmi ceux-ci, la patate et l'handicapé, tous deux concurrents - quoi que pas vraiment nous le verrons - sur le marché du vote « alternatif », me semblent des illustrations particulièrement pertinentes.
Du côté du handicapé, on vote pour les dominé-e-s-x-(ent), en partant du principe relativement réaliste qu’à souhaiter prendre en compte les plus mal-baisés par la société, on aide la masse des frustrés dans son ensemble. Un exemple anodin mais parlant étaiera ce positionnement militant : en foutant la pression sur les régies communales de bus, les associations de défense des droits des personnes handicapées ont permis l’aménagement des transports en commun de façon à ce qu’ils puissent accueillir les fauteuils roulants, à l’entrée comme à la sortie – les bus se baissent, ou se penchent, je ne sais plus. Sans que qui que ce soit y ai pensé, cet aménagement a facilité la vie des personnes-à-poussettes – dans leur écrasante majorité des femmes, bien évidemment. On voit donc ici l’intérêt de la prise en compte de leurs spécifiques difficultés, et la résonance que cette prise en compte suscite pour d’autres groupes de dominé-e-s-x-(ent).
Parlons désormais de l’Education Nationale et de nos chères têtes blondes – en bons parents ambitieux par procuration imaginons-les eux aussi futurs Übermenschen, on peut aussi envisager qu’une insertion toujours plus importante des débiles, culs-de-jatte et autres carencés permettrait la prise en compte des difficultés d’apprentissage de toute personne. L’école, avec ses classes réparties en fonction de l’âge, ses réflexes proto-républicains de hussards noirs, ne s’adresserait plus à une masse cataloguée vite fait bien fait de « petits » et de « grands » mômes, mais à des individus, chacun portant une singularité, des capacités et des difficultés : les babillages des conseils de classe avec ses inévitables cancres et redoublants cesseraient de facto.
Ceci dit, le fait pour un groupe de personnes de s’attribuer la médaille du meilleur dominé est un peu fumeux, que Perez de Cuellar le veuille ou non. Certes, les statistiques sont là qui montrent les difficultés importantes du fait d’être handicapé. Mais la quantité de dominés labellisés ne fait pas la qualité d’un bon dominé. Or, le glissement insidieux se fait sentir et appelle à réflexion.
Du côté de la patate, maintenant. En premier lieu, il n’y a pas de réelle
contradiction entre le tubercule et le tétraplégique : le terrain du débat que chacun souhaite susciter n’est pas confronté, et pourrait même s’articuler. La patate s’engage vraisemblablement à lutter contre un mouvement plus général de manipulation politico-médiatique consistant à cacher la poussière du fond sous le tapis Ikea multicolore de la forme, à gommer les traces d’un projet politique qui soit n’existe pas, soit fait honte à son représentant pourtant investi. On comprendra donc le choix de cette racine comestible comme mascotte, celle-ci ayant l’intérêt de réifier le désintérêt marqué pour les vicissitudes exécrables de nos super-candidats putassiers.
Autre chose encore, la patate ne se présente pas à la présidentielle, mais fait campagne. Voilà un parti pris qui me réjouit, car comme l’indiquait Nique-qui-?-Ta-mère dans un commentaire à un post dubitatiste précédent, voter pour un président est une hérésie démocratique. Ainsi donc le dogmatique beni-oui-oui du citoyen votationiste aboutirait à un paradoxe : celui d’une citoyenneté aliénée à un régime certes républicain mais point démocratique, loin s’en faut.
On le voit, le courant dubitatiste a encore une longue vie devant lui.
kalinka | 16 h 06 | Rubrique : polyo/tics
Commentaires
et si?
moimeme
29/01/07 à 21:04
Petite précision égononienne : les accès aux bus, ça c'est fait. Mais qu'en est-il, par exemple, de la gare de Marseille? Pour une maman -certes pas très entrainée mais quand même- il faut compter environ 10 minutes pour accéder à la gare par les escaliers en forçant sur les biscotos et entre 10 et 15 minutes en forçant sur les mollets. Une personne seule bien accompagnée d'elle même, met 5 minutes....Comment font les autres? Un peu de bon sens, partez plus tôt ou dans le cullulu le train....
Voilà, tout ça pour dire que la démocratie n'est bonne qu'à être contredite et c'est bien là le piège : qui va être d'accord avec la contradiction? N'oublions pas non plus que la dictature c'est "ferme ta gueule" mais la démocratie c'est "cause toujours" (en même Barrault, il était mime....).
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← Re: et si?
kalinka
30/01/07 à 02:32
Toi même, tu es bien exigeant(e)x ! Mais JC saura malgré ses biceps atrophiés par l'accident résoudre tes problèmes, à Marseille comme à boutouillou/ariège !
Pour la démocratie, je ne sais trop que dire, mises à part les inepties d'un Churchill en campagne... Mais a contrario d'un Marx un peu emporté, je te dirai qu'une démocratie est toujours à réinventer, qu'en ce lieu de domination comme en d'autres il n'y a pas de fin de l'Histoire, et enfin bien entendu qu'un tiens ! vaut mieux que deux tu l'auras.
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