Des histoires plus ou moins vraies, plus ou moins autobiographiques et plus ou moins bien écrites.
Le spectre d’une marmaille hante mon esprit depuis quelques mois déjà, s’insinuant dans les fantasmes de l’aube naissante, s’immisçant jusque dans mon lit et dans mes draps douillets, l’agonie désespérée qui la mène tout droit à la vie accompagnant chaque jour la pesante émergence de mes petits rituels matutinaux.
Elle me sidère tant la rage qu'elle semble exprimer la rend indomptable d'exigence et d'insoumission, comme éternellement vouée à expulser l'insensé, à forcer l'air environnant, à bouffer toute matière rétive à son désir sans but ; elle me parvient si étouffée et, faible et délicate vibration dans l'inaudible brouhaha de la cour de l'immeuble, impose de sa frêle résolution l'implacable vérité de son cri implorant.
Je suis loin d’être insensible à la présence de cette voix raisonnant tout proche de l’un des murs de ma chambre, peut-être même à portée de bras lorsque comme en ce moment je suis assis à mon bureau. Je la remercierais presque de sa troublante sollicitude et, quand elle s’enfouira dans le minuscule corps qui encore ne peut la contenir, qu’elle s’y lovera à jamais, j’éprouverais pour sûr un pincement au cœur, j’aurais à faire le deuil de ses fascinantes et fascisantes imprécations.
Déjà, elle a ri, il y a peu, et c’est le début de la fin.