Des histoires plus ou moins vraies, plus ou moins autobiographiques et plus ou moins bien écrites.
Non on ne m’y prendra pas à faire le cinéphile tant tout de même je fréquente si peu les salles obscures ces dernières années que je serais tenté de penser que le cinéma fût kalinkaphobe. Et c’est tout aussi vrai qu’entre le banal nanar de propagande grand public et le film d’essai petit-élitiste il y a un obstacle majeur : mon inculture du grand écran, de ses frasques et de ses déconvenues.
Dans ces circonstances, se lancer dans un Inland Empire à retardement relève du gageur utopique, de l’ambition irréaliste, du pari inconséquent. Me voilà donc plongé dans un film abominablement long – trois heures fortement dilatées ! - affalé dans le fauteuil le plus dorso-sadique du monde et qui me fît immédiatement regretté le tabouret de cuisine bourré d’échardes de mon enfance. Le « MK2 Hautefeuille » Paris 6ème vous accueille comme le Christ au pied du chemin de Croix, avec les clous et le marteau en guise de bienvenue. Être intello nécessite apparemment ses pénitences et la salle est bondée d’adeptes.
Si l’intello ne mange pas de pop-corn, rapport à la ligne - du parti, il n’est pas pour autant démuni de toute capacité de nuisance sonore. Mais contrairement au tout venant, il n’a pas besoin d’un addictif consumériste car il a pris grand soin d’incorporer les artefacts de l’agacement d’autrui. Il emmerde sans payer, et là réside la supériorité indéniable de son Capital culturel. Il détient en lui le déclencheur de votre agacement. Ses mains, ses bras, ses jambes et sa bouche surtout, ah oui ! sa bouche sont dotés d’indétectables perturbateurs de concentration, de générateurs de mouvements saccadés et inutiles et de poils horripilants. En sus, cette machine de guerre détient une arme de destruction massive que les terroristes du monde entier lui envient : un infâme toc déglutissant expectore de son orifice à jactance qui se vrille dans le cerveau comme une aiguille dans le nerf à vif d’une prémolaire avariée. A vous torturer d’impatience et de désirs de meurtre frustrés… Trois heures durant ! A ma sinistra, le type toqué tapotait du pied, tricotait du coude, tiquait des doigts et cliquetait d’la langue, et ses élans soudains d’inspiration tétanisaient ma respiration perturbée. Argh, pas après le travail, moi qui voulais me changer des foyers de vie pour débiles impotents !
Alors un conseil, si l’on vous propose le choix exhaustif entre une coucherie avec un quidam piteux ramassé au hasard sur le bord du zinc d’un rade dégueulasse du XXème et ça, préférez le porte-godemichet, même mal-baisée pour la vie, la note sera moins salée. Voilà vous savez désormais quoi faire pour fêter la sortie du prochain Lynch sur les écrans…
kalinka | 11 h 22 | Rubrique : socio-lego