in/divisible

Des histoires plus ou moins vraies, plus ou moins autobiographiques et plus ou moins bien écrites.

passé

tiens-tiens ?

Tijuana, plus tordu qu'le 9-1
wisyanne, pas du cul monomaniaque comme ici, non, enfin d'l'amour !
manolita's fever

Mercredi 17 Janvier 2007.

Ôde pompier à la grisaille

Dès lors qu’on abandonne le temps immobile de la grande banlieue pour l’ambitieuse vie parisienne, il est une folie douce qui opère avec une redoutable efficacité et à laquelle il est bien difficile d’échapper. Je veux parler ici de l’oubli, sinon du reniement, de tout ce qui pourrait de près ou de loin nous rattacher à cette bande bétonnée qui, à force d’être ravalée dans l’ombre de sa métropole aux atours centripètes, tombe comme par inadvertance dans le gouffre insondable des petites forclusions et trahisons du quotidien.

C’est qu’elle pourrait faire honte, cette flore urbaine mal foutue, cette excroissance génétiquement modifiée d’un Paname jaloux de son authenticité. Et pourtant. Et pourtant, « combien de marins, combien de capitaines ? », brisant les amarres qui les retenaient aux HLM blêmes de leur rivage d’infortune, franchirent la lame d’asphalte périphérique, ce détroit de Gibraltar francilien pour lequel les autochtones parisiens attachent une importance toute discriminante. Honnie, donc, et c’est alors qu’il faut la jouer serrer pour le renégat lambda des confins quasi-rurbains des horizons banlieusards, quitte à ne plus se remémorer, comme par inadvertance ai-je dit, l’adolescence comme tout un chacun boutonneuse certes mais doublement honteuse d’avoir trop tenu les murs des cités décaties de son enfance.

Ainsi tout autant de celui qui par mégarde et pour son labeur fait aujourd’hui le chemin inverse, osant fréquenter le RER et sa populace désenchantée. En réaction et comme par réflexe pavlovien - de surcroît - lui sera tenu le lapidaire discours idéal-typique suivant :

« ah-ben-non-ben-moi-je-pourrais-pas-non-vraiment-ah-ben-quand-mêmeu… »

Que le contexte soit - relativement - intime ou publique, l’exclamation est, semble-t-il, unanime, ce qui n’encourage pas avouons-le tout de go les badinages sur les beautés bucoliques de nos chers habitats décentrés : mieux vaut se taire et oublier. Passez par exemple pour un chômeur de Paris, avec un peu de baraka cela vous donnera un petit cachet artistique. Mieux vaut branleur que porteur de bacille, des fois que ce serait contagieux. Bref le banlieusard et son territoire sont-ils rendus muets, et c’est assez. Il est plus que jamais temps de réhabiliter ce petit coin de France que d’aucun ne cesse de vilipender.

*                      *

 

*

Le RER D et sa promenade quasi-ininterrompue proposent le paradigme saisissant de cette maldonne qui ferait passer tout aveugle pour un astigmate un peu fatigué. Déboulant des entrailles de la Gare de Lyon direction plein sud, sa trajectoire ondine épouse les rivages de la Seine majestueuse ; de délicats reflets scintillant d’un soleil encore timide affleurent à la surface des eaux, rythmés par le mouvement régulier de petites vaguelettes nonchalantes. Installé paisiblement au 1er étage du serpentin ronronnant, vous vous pâmez lorsque, dans une courbe presque indicible s’offre à vous à l’horizon du petit matin quelque bosquet touffu que les plantouilles en survie artificielle du metro Bercy jalouseraient dans leur gigantesque bocal futurible.

Alors bien sûr, la propagande ne saurait habiter ce blog militant, et, je ne le cacherais pas, les alentours de Juvisy offrent à nos pupilles désormais exigeantes des dépôts rouillés dont on ne pourraient dire s’ils pourrissent de leur mort tranquille ou si quelque activité officielle s’y trame encore. Mais c’est ici montrer le peu d’attention que nous prêtons aux lieux. Car malgré les on-dit fallacieux, les béto-humanoïdes savent qu’une civilisation ne peut vivre sans culture et le proclament sur les murs dépareillés qui jouxtent leurs rails : ce que nous prenions au premier abord pour des traces d’usinage paléolithique et déconfites, grave erreur de néophyte, s’avère en fait être une scénographie post-moderne des plus élaborée. Une fois les mirettes désensablées, friches et bâtiments désaffectés apparaissent bel et bien pour ce qu’ils sont, vastes aires officieuses d’expérimentation scripturale d’un art mineur que le Tout-Paris de la place Beaubourg envie secrètement. Là, une nouvelle typographie s’élabore qui propulse nos fiers inventeurs à l’anonymat et la capuche revendiqués au firmament des producteurs de sens. A la mélancolie âpre d’un decorum travaillé par le temps, la ferraille et la solitude répond dans un tumulte chaotico-deleuzien le bouillonnement de traits de bombe francs et acérés.

 

GB's moodMais déjà c’est la machine qui s’élance et disparaît dans son sillage le brouhaha sémiotique dont la munificence reste si dédaignée par ses contemporains nantis des beaux quartiers. Mais déjà c’est autre chose encore, une forme géométrique au gigantisme démesuré couché sur le flanc et assoupi au sommet d’une colline – une vraie celle-là, pas comme aux Buttes-Chaumont, et dont la laide prétention ne peut que laisser stupéfait l’observateur sidéré. Car ce qui envoûte désormais le passager saoul de temps d’émerveillements contrastés n’est ni beau ni charmant. Bâtisse moderne et déjà vieillie, le premier immeuble de la Grande Borne impose par sa présence mouvante – parce que le train – sa surface fatiguée. Mais au lieu de dégoût, c’est bien d’humilité dont nous ne pouvons que nous sentir envahis, face à la grandiose ambition de telle perspective pharaonienne aux Vagues mystérieuses : sidérés, nous découvrons la Nouvelle beauté… N’a-t-on pas dit en d’autres temps de la Tour Eiffel qu’elle était hideuse ?

Une chose encore, j’avais oublié le départ de cette expédition. Sur le quai de la gare, les badauds s’affairaient consciencieusement à buller en consultant 20 minutes d’un œil dissipé : impatients, ils jetaient un regard fébrile d’épileptique aux panneaux d’affichage. Alors que les publicités prétentieuses format XXL s’échinaient à leur faire absorber comme des éponges un nombre illimité de réflexes d’achats compulsifs, une voix stupide et enjouée leur débitaient consciencieusement un horoscope poilant à réveiller un Sim dans sa tombe - nulle autre voix que celle de l’irritant Jean-Luc Reichman qui, sur les ondes d’RFM, nous pollue consciencieusement les oreilles tous les matins, contraints que nous sommes, entre deux tubes foireux des 80’s et malheureusement pas ceux-ci. Vite monter dans le wagon que tout cela cesse - mais nous sommes alors à Paris, Gare de Lyon…

kalinka | 00 h 25 | Rubrique : banlieue-dit

|
Répondre à cet article

Commentaires

autant que je sache

moimeme

18/01/07 à 22:04

bonbenvoilaheuc'estpourdire......

on pourrait avoir la même chose sur les arbres ou paris hilton ou ... les tracteurs aveyronais?

Bien, j'ai beaucoup ri!

Re: autant que je sache

kalinka

19/01/07 à 11:47

Ah non ! Chacun son combat et les vaches seront bien gardées...

Répondre à cet article

Version  RSS 1.0   RSS 2.0 

:: design laurent ::