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Vendredi 19 Janvier 2007.

retour lapidaire sur investissement

Ton style est vraiment trop lourd pour un blog. Tu y gagnerais à épurer

Telle fut la réaction d’une personne qui m’est chère et que je croiserais à nouveau avec plaisir, dans une autre vie, ou tout du moins dans d’autres circonstances. On se fait  laconique et on ne laisse que très peu de chair à l’os qu’on me donne à ronger. Il me faut  inventer une suite à ce message.

La lourdeur du style du dernier post est un fait que je ne peux qu’avouer. Sa forme multi-épithétique saisit la gorge jusqu’à l’étouffement, c’est bien simple, il n’y a plus d’air. Mais bien plus qu’un aveu, il me faut bien dire que je revendique cet écrit catastrophique : sinon, pourquoi l’aurai-je titré Ôde pompier… ? L’acte est donc volontaire, il n’est pas manqué.

Si j’ai choisi ce style lamentable, c’est parce que je souhaite justement bouleverser mes réflexes narcissiques, et cela dans les nombreux domaines de ma vie où j’ai eu le tort de le laisser s’épanouir – à peu près partout, en somme. C’est en relisant le premier post de ce blog que je me suis rendu compte de l’accumulation inouïe de falbalas qui habillent ma prose - il me faut la dénuder pour de bon, pensais-je alors. Il me faut faire le deuil de tout ce cirque horripilant.

On se débarrasse parfois des choses qui nous agacent en les glissant gentiment sous le tapis ; mémé n’y verra rien en rentrant. Le deuil est alors coupable, triste et mensonger, il a des allures d’enterrement de cendres dans un petit trou d’un « parc des souvenirs » alsacien.

Mais le deuil peut aussi être une grande fête, baroque et joyeuse comme un film de Kusturica, fière et hautaine, indifférente à ceux qui l’observent atérés et irraisonnée quant à la suite des événements. C’est cette option qui fut la mienne et que je ne regrette nullement. Lourd, donc, certes.

La suite est plus curieuse : « …pour un blog. » renverrait à l’idée que ce style désormais moribond puisse être exportable ailleurs. J’en doute fort, et toi aussi j’en suis persuadé, tu es bien sur le même fuseau horaire Paris Londres Madrid que moi : vraiment trop lourd… tout court. Alors pourquoi signifier cette nuance ? Tout simplement parce que tu prends le soin de polir l’angle acéré de cette formule lapidaire, peut-être, juste un petit peu.

La lapidation est un art dont on ne peut saisir toutes les nuances si l’on se voile les sens et l’intelligibilité derrière le masque de l’ostentatoire indignation. Car si la lapidation est barbare,  cela ne l’empêche pas d’avoir des règles auxquelles il ne faut pas déroger. Et parmi celles-ci, la taille de la pierre. Si on balançait une grosse pierre sur les pauvres femmes dont le viol aura miraculeusement été travesti en adultère, elles courraient le risque de mourir immédiatement et de ce fait la violence collective se verrait transmutée en violence individuelle : le malheureux lanceur de cailloux trop gros serait alors le seul intéressé, et la communauté perdrait sa fonction collective de bourreau.

En balançant des petits cailloux, on atténue la mort, elle se propage dans le temps, on la disperse. Toute la communauté des hommes, de gré ou de force, participe au spectacle, et prend le soin de choisir ses cailloux, avec des règles précises d’ajustement. Chacun polisse sa part du supplice. Le jet de cailloux lapidaire, ça se veut violent, mais toujours avec des règles : pure sadisme.

Alors, peut-être, il y a dans ces trois mots et leur caractère lapidaire quelque chose de sadique. Ce qui n’enlève rien à la lourdeur, ceci dit.

kalinka | 04 h 07 | Rubrique : socio-lego

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Commentaires

gc

19/01/07 à 14:43

Je ne suis pas sadique. En revanche, se poser en victime demeure narcissique.

Tout ce que j'ai voulu dire c'est que je n'arrive pas à venir à bout d'un seul de tes posts. Si tu t'adresses à des lecteurs tu devrais les prendre en considération.

Si ce blog est au contraire un exercice psychanalytique (et ça y ressemble) et masturbatoire tu peux écrire aussi baroque que tu le désires. Moi ça ne m'intéressera pas.

Re:

kalinka

19/01/07 à 15:25

Je te trouve un peu vindicative, là. Je ne crois pas me poser en victime en commentant une réaction. J'ai par ailleurs indiquer dans ce post que j'acceptais tout à fait la critique... Que j'abondais !
Cette réaction ne se veut pas tant une tentative de justification qu'un echo qui m'a renvoyé à tout cela : le deuil, la lapidation. C'est avant tout pour cela que je l'ai écrit. Je suis étonné que toi qui manie avec justesse et à propos ce jeu de prétextes expérienciels à l'écriture, tu fustiges ceux qui, d'une autre manière et peut-être avec moins de talent que toi, s'alimentent de leurs propres préoccupations. Et c'est bien dommage. Ton mail a été pour moi un prétexte, non une insulte ; ce post en tire ce qu'il est mais n'est pas nécessairement une réaction vengeresse.

Je remarque avec plaisir que tu as lu ce post-ci jusqu'au bout, semble-t-il avec courroux, mais jusqu'au bout quand même.

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