J’écoute ce bon vieux Tortoise en live1 à fond la caisse avec mon gros casque de dj et mon ordi sur les genoux, assis dans le RER qui me ramène à la civilisation en cette fin d’après-midi ensoleillée et le goût de cette sensation me revient aux papilles de la mémoire, cette étrange sensation d’une tristesse authentique et passée lorsque dans le bus de nuit je rentrais au bercail – c'est-à-dire dans l’autre sens, c’est-à-dire que je repartais de la civilisation – et que je pensais à J. qui se détruisait consciencieusement à l’héroïne dans quelque ville de province labellisée « de patrimoine et d’histoire » - et de notables ajouterais-je et terriblement ennuyeuse – alors que nous venions de nous séparer comme dans une mauvaise tragédie pleine de pathos, et que j’y croyais encore pourtant parce que j’étais amoureux et aveuglé par mon petit désespoir et qu’on ne m’y reprendra plus. Tortoise est devenu pour moi irrémédiablement triste et emprunt de mélancolie depuis cette période pendant laquelle si souvent je fuyais l’appartement exigu de ma génitrice pour me saouler ridicule et remplir les poches des cabaretiers parisiens. Au retour, je somnolais dans les gros noctambus moelleux et ronronnants avec jusqu’à la Porte d’Italie le halo flou des lumières parisiennes pour seul compagnon puis plus rien que la nuit et ses ombres abbassides durant bien deux plombes, rien que la banlieue morne et vide en ces heures de béatitude ronflante.
J’écoutais alors ce bon vieux Tortoise et je regardais boudeur les trottoirs et les statues dans la nuit et putain je crois que je n’ai jamais été aussi triste de ma vie… L’amour impossible que je m’inventais tous les matins et qui me tenaillait jusqu’au soir j’en étais épuisé, je m’abîmais dans de sombres pensées et, bien que j’ai toujours été trop lâche pour envisager ne serait-ce qu’un instant mon propre suicide, je ne voyais alors absolument aucune issue à cet enfer. Je lui en voulais atrocement et je m’angoissais en l’imaginant se droguer et se détruire. Tout était bon pour penser à elle, tout était bon pour raviver le souvenir de son visage, son sourire et ses longs cheveux que je lui avais teint d’un rouge sombre et profond ; Ses yeux aussi, ses yeux surtout si expressifs et suppliants dans mon fantasme de midinette virile et protectrice. Je ne concevais alors tout simplement pas qu’il fût possible qu’un jour ou l’autre je sois assis dans un RER à repenser à tout cela avec ce petit sourire au coin de la bouche2.
J’écoute ce disque de Tortoise dans le RER et je repense à cette soirée hier qui nous emmena loin dans la nuit jusqu’au petit matin. Je revois cette lesbienne d’un coup, chieuse comme pas deux à te draguer éhontément que c’est moi qu’est la plus grosse ; prend le tout si ça t’amuse je t’offre le paquet, si ça te plait tant que ça d’être un mec un vrai vas-y te gène surtout pas. Moi ça m’est un peu égal. En même temps en voilà encore une à qui je ne jetterai pas la première pierre parce que dans le genre borné de la queer ideology j’ai pu être moi aussi un tant soit peu hystrionique jusqu’à l’aveuglement jusqu’à la surdité. C’est en tout cas ce que je me disais en regardant le barman la recadrer et ramasser les paires de couilles qu’elle disséminait partout dans le bar avec ses manières de sulfateuse emboucanée. Je pensais à tout cela et à bien d’autres choses encore, un petit sourire pensif au coin de la bouche.
2 …avec ce petit sourire au coin de la bouche. » Pause et interrogations : suis-je paranoïaque ou tout simplement mauvais lecteur ? Zieutage de blogs et voyeurisme banal : il me semble que d’aucuns – au pluriel car ils sont deux - utilisent des bribes de mon histoire vécue de façon anonyme s’entend dans des discussions dont le contenu m’indiffère parce qu’il m’est étranger. Message personnel donc, à l’une je ne post aucun message depuis l’affaire dont elle semble faire mention (mais encore une fois hallucinais-je ?), et quand bien même je le ferais je signerais (merci pour l’étiquette de Vichyste) et à l’autre je suis persuadé qu’il devrait se concentrer davantage encore sur ce qu’il sait faire ma foi avec talent plutôt que de ressasser ces vieilles lunes : éditez donc une bonne fois pour toute et foutez-moi la paix. Personnellement je n’ai aucun compte à régler, ni dette ni crédit. Au temps pour moi s’il ne s’agît finalement que d’un vague quiproquo. Il me semblait toutefois que cela sonnât familier…
Commentaires
kalinka
26/02/07 à 17:35
Kalinka, excuse-moi mon vieux, mais tu es une véritable catastrophe grammaticale. Cela dit, avec toute ma bienveillante animosité...
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Mmmh...
Adèle H.
04/03/07 à 06:03
En effet et faut peut-être se calmer, tout ça sent très très fort le quiproquo égocentré.
Je suis bourré donc fatigué (fed up). La vérité doit éclater, de temps en temps.
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kalinka
04/03/07 à 11:34
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kalinka
04/03/07 à 12:06
(tu remarqueras ici que je ne prends absolument pas les choses pour moi, nononon, car bien évidemment tu t'adresses à quelqu'un d'autre, et se sentir visé serait un aveu de culpabilité... Dilemne)
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Adèle H.
04/03/07 à 17:04
C'est plus simple que ça en l'occurrence : j'ai des lectures, des réflexions qui m'éloignent de plus en plus de certaines façons de pensée que tu as fait tiennes...
Rien de vraiment personnel donc, je suis juste enfin libre de dire et d'écrire ce que je pense sur des sujets que je m'interdisais « par égards pour » (eh oui, l'amitié c'est un frein dans ce domaine, quand les chemins se séparent et les choix divergent)... Du coup ça peut sortir violemment parfois, mais ce n'est pas spécifiquement toi que j'ai en tête quand je parle de « rapport de genres », c'est un discours dominant que tu représentes, certes, à mes yeux, avec d'autres. Quand je dis ce que je pense, à savoir que c'est selon moi une sorte de totalitarisme (mou, certes), avec mes mots, je comprends bien que ça puisse heurter, mais... c'est ainsi.
À part ça, je ne réagirai plus, ici, promis, mais j'en avais vraiment assez de certaines de tes allusions parano (de ce que tu croyais comprendre) ; assez pour toi, je veux dire. Parce que c'était du violent fourvoiement. Faut le dire des fois. Voilà, c'est dit. Moi je déteste voir quelqu'un se torturer pour de mauvaises raisons. The world doesn't revolve around you. (Too bad ?)
« When I was three I thought the world revolved around me — I was wrong »
(Party Girl, U2)
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kalinka
04/03/07 à 18:18
Voici une réponse longue mais qui vaut le détour. Je me doutais bien que ces commentaires ne s'adressaient pas qu'à moi, mais je me sentais inclu. Cela vaut aussi quand on s'attaque aux sociologues en général, etc. et qui participe d'une mauvaise perception de ce que ce taf après tout comme un autre peut être. Cette perception peut d'ailleurs être due à ce que les sociologues en font - et j'en suis, mea culpa, sortez les pleureuses et les mouchoirs, et, d'une certaine manière, je me corrige (au fouet à clous si besoin est)... Certes le monde ne tourne pas autour de moi mais, vraisemblablement, il tient compte de ma présence fantômatique. Que veux-tu peut-être ne me connais tu tout simplement plus. Mes propres préoccupations m'amènent moi aussi à me poser un certain nombre de questions, je relativise pour ma part mes illusions universitaires ou mes professions de foi doctorales, et ce modeste blog y participe à son niveau... Mais le mal est fait et je ne reviendrai plus la-dessus.
Alors au plaisir de te revoir, en d'autres circonstances. Je n'ai rien contre les interventions ici, il n'y a rien à promettre de côté là. Mais je me doute bien qu'à priori de toute façon cela ne t'intéresse pas.
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