Des histoires plus ou moins vraies, plus ou moins autobiographiques et plus ou moins bien écrites.
Et me revoilà rêvassant de p’tites mirettes océaniques, de celles dont je vous ai déjà parlé, comme au passage, comme par inadvertance, de celles qui me transportent vous le savez bien en des lieux elliptiques à faire bander les plus rassis les plus rabougris d’entre vous, de celles qui vous disent si bien que si l’amour est une maquerelle aux intentions torves le désir lui est bien là, et qui vous susurrent que les corps savent ce qui est bon et savent s’aimer en d’infinis chatouillis de sueur. Et oui que voulez-vous je ne suis ni de bois ni de paille tressée, et même le pire des minables, même le plus médiocre des queutards ne saurait vivre sans une pincée d’exaltation béate. Dont acte.
Alors tout comme votre mutisme me laisse tout aussi perplexe que votre fidélité, je m’étonne en ce jour finissant de la tournure que prennent certains événements de mon existence de trentenaire, je me tâte le cortex et je m’escrime à faire la part des sentiments contradictoires qui m’animent tel un pantin désarticulé entre les mains, par exemple au hasard, d’un adulte atteint de psychose infantile. La vie serait-elle schizoïde à ce point ?
Il y a cette bombe à fission atomique qui semble me haïr ou bien s’est dégoûtée de moi tout simplement, allez savoir, et qui tient à le hurler dans son petit gueuloir et qui ravaude les souvenirs et tempête encore et mutile tout de sa violence démesurée, comme atteinte de l’amok, sciant dans la mémoire avec sa tronçonneuse B&D achetée sur internet, puis pillant les quelques bribes qu’il me reste d’estime ou même d’affection. Meurtre symbolique et suicide relationnel tout à la fois, je ne sais trop ce que d’une voix blanche elle livre à la vindicte aussi méprisante que gourmande des témoins alléchés si ce n’est le mensonge permanent d’une vie qui se voudrait vécue, quand bien même cette dernière passerait par des sentiers de boue d’orties et de ronces entremêlées. Les ruines encore fumantes qu’elle abandonne à l’oubli demeureront bâillonnées je le crains, l’énigme restera pour moi entière et je ne lui poserai aucune question car pour toute réponse je n’aurai droit qu’à un haussement d’épaule ennuyé ou encore à une répartie aussi cinglante qu’insatisfaisante… A l’horizon d’une soirée grise sa silhouette amère déjà s’étiole et sa cavalcade de Don Quixote disparaît dans la poussière, et je n’ai plus la force de crier son nom les mains en entonnoir autour de ma gueule grande ouverte. J’abandonne déconcerté, mes bras retombent ballants dans l’air poisseux d’un champ de bataille aux allures de cimetière violé.
Et puis il y a ma paire de p’tites mirettes océaniques qui semble s’intéresser à moi ou bien est intriguée tout simplement, allez savoir, et qui tient à me le susurrer à l’oreille et qui ravive les souvenirs et chante à nouveau, comme une mélopée de sirènes, butinant dans ma mémoire de sa trompe gracieuse de colibri-abeille puis offrant les quelques bribes enterrées naguère à ce qu’il me reste de sens encore indemnes. Retrouvailles réelles et découverte immaculée tout à la fois, je ne sais trop ce que d’une voix suave elle livre à l’intimité aussi douce qu’excitante de nos longues soirées si ce n’est ce désir authentique à la vérité si fragile, vérité fragile quand bien même elle passerait par les voies enivrantes d’un cheminement dans les champs de capucines entremêlées. Les désirs oubliés et gelés qu’elle ramène à la conscience se réchauffent et brûleront je l’espère, l’énigme douloureuse de sa disparition restera pour moi entière mais je ne lui poserai aucune question car pour toute réponse je n’aurai droit qu’à un hochement de tête triste ou encore à une répartie aussi culpabilisée que rassurante… A l’horizon du petit matin son ombre gracieuse déjà s’épanouit et lentement ses pas de louve nous rapprochent, et je n’ose crier son nom de peur que mon enthousiasme ne l’effarouche à nouveau. Je patiente doucement, mes mains trépignantes dans mes poches aux allures de chiffons fripés.
Schizoïde, disais-je, cette vie qu’on recolle par petits morceaux, sans cesse et sans entière satisfaction, cette vie qui nous parvient déjà éparse et brisée, amoncelée dans un chaos indescriptible, cette vie que l’on s’échine le visage tordu par l’effort à re-signifier encore et encore, comme le jouet trop cassé d’un enfant qu’il nous faut réinventer... Et bien sûr le vent pleurera et hurlera et balaiera tout pfuiit ! et tout sera à recommencer.
Commentaires
les larmes
anne
28/02/07 à 12:10
C'est un écho.
Rien ne me distingue des autres et pourtant les larmes ne sont pas loin. Lamentable tu dis?
Je lis à voix haute pour parler comme on joue à quatre mains sur un piano.
La symétrie existe donc au delà de ces actes partagés, cette écriture résonne, plus ou moins comprise, plus ou moins admise, elle provoque.
Ce n'est finalement pas un commentaire mais une réclamation sans aucune gêne : encore!
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kalinka
28/02/07 à 18:14
Merci, tes paroles me touchent et me vont droit au coeur. Ce texte m'a valu quelques heures âpres et tendues, et je suis heureux qu'il ne laisse pas insensible. Au fait ! Je suis à Toulouse du 8 au 11 mars, que fais-tu le week-end ?
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anne
28/02/07 à 19:43
Je suis là donc ma maison est ouverte...une petite virée à la campagne est aussi possible si tes neurones pleins de pollution réclament une pause!
J'espère te voir.
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