Des histoires plus ou moins vraies, plus ou moins autobiographiques et plus ou moins bien écrites.
- Alors ça y est, cette thèse de psycho est soutenue ? Toutes mes félicitations ! »
- hé oui, maintenant je suis Docteur ! » vociféra-t-elle au dessus des accords de gratte, les yeux brillants de jubilation.
Elle avait l’air heureuse, des fleurs en papier dans ses cheveux bruns, un coup de pif dans le nez juste ce qu’il faut, alors qu’elle prenait A. par la main pour un énième tour de piste.
Je ne sais trop si la psychologie est un sport de combat mais j’ai toujours eu l’impression qu’on en demandait dix fois plus à ces Sisyphe du neurone qu’à nous autres potaches velléitaires des sciences humaines. Ils croulent et ploient sous les protocoles et les méthodes s’affairent en d’interminables séquences de vérification valident avec minutie la moindre évidence que s’en est froid comme un matin brumeux sur un fjord islandais, tandis que nous autres élaborons dans un bordel surréaliste jubilatoire des anthropologies philosophiques bien souvent tirées par les cheveux mais excitantes et pleines de promesses, à l’image du passage d’un Boeing 747 sous le toit des nuages épais lorsqu’au hublot apparaissent subitement les côtes féeriques de l’île de Zanzibar. La division disciplinaire des sciences tiendrait-t-elle dans un catalogue de Tour operator bon marché ? J’ai beaucoup de considération en tout cas pour ce travail têtu et discret consistant à produire patiemment une architecture complexe et structurée de validation scientifique ; non pas que la vérité puisse s’y contenir davantage, mais c’est comme l’Art pour l’Art, faut savoir apprécier le travail bien fait, non ? J’en étais là – las ? – de mes conjectures à haute teneur de tarabiscotage lorsqu’une main providentielle m’invita à poser mon verre et à me joindre à la gigue festoyante…
… Nous palabrions Uzbekhistan avec mon compagnon harvardien du moment, une bouteille de rouge d’un bon crû – rapport à l’heure tardive - entre nous, le cul bourgeoisement enfoncé dans des fauteuils douillets, lorsque je-n’sais-trop-qui éméché pénétra dans la pièce et dans notre conversation :
« You see middle french people don’t know how to speak english they don’t like english people from England they believe that swiss people are slow deutsch people are nazi – son bras se tendit vers le plafond – belges are stupids and middle french people never go out, they stay at home they don’t read when a french guy is with some strangers he can’t speak with them he just sit on a chair and watch everybody stupidly and when new french people come he suddenly go up and speak in french with them in hollidays frenches recognize french people with their bags queshua on the back they never speak with strange people…
- french is such a metaphoric language… » tentais-je dans un élan prudent de réconciliation patriotique (ma sociabilité m’étonne ces derniers temps), ce qui eût le double avantage d’amuser mon harvardien pas dupe pour un sou et de stopper net notre Borat national. On ne savait plus trop à son propos s’il poursuivait une discussion ou si la discussion le poursuivait, mais je ne lui jetterai pas la pierre tant je sais être parfois un véritable Gengis Khan de soirée – je regardais d’ailleurs mon verre avec inquiétude, opérant à un rapide calcul de ce que j’avais déjà ingurgité (et ce fut un échec) et je tentais intérieurement un rituel de méthode Coué visant à neutraliser mon M. Hide personnel…
… ça tanguait dans tous les sens mais on y arrivait tout de même à happer du plaisir et à s’amuser un peu. Les mecs à ce p’tit jeu là n’étaient pas les plus finots, à fureter d’une pièce à l’autre dans une course contre la montre effrénée que j’te cherche du cul que j’te cherch’une aventure : de véritables radars ambulatoires. Certains avaient trouvé leur havre de paix, leur maman-putain du moment et se camaient le nounours à grands coups de lampage lingual humide. Le reportage animalier n’était pas loin, version cheap s’entend, avec des lions fatigués et maigrichons et des gazelles taxidermées pleines de trous dans
… Elle était belle et classieuse, le mollet galbé et ferme, et me montrait la blessure qu’elle s’était infligée au pouce en se vautrant la gueule sur l’armoire. On se passait le joint en devisant désinfectant, ça faisait du bien cette conversation aux enjeux si mineurs, ça faisait du bien de ne surtout pas parler cul ça nous décompressait ma copine trans et moi-même. On avait abandonné les armures à d’autres pour adopter un rythme de vieux roublards à qui on n’la fait pas, on pactisait comme en 17, Paix Pain Terre nom de dieu ton accent m’indiffère, apatrides nous sommes on n’est pas de la légion on n’est pas des bêtes, on créait le POUM du cul assis par terre le dos contre le mur. Et puis bien sûr l’heure de la fin a sonné, on entendait les bouteilles s’entrechoquer dans la cuisine, les frottements des sacs-poubelles, chacun regagnait ses pénates et rassemblait ses frusques, bonne nuit les p’tits rejoignons nos pieux respectifs et nos contrées utopiques.
Commentaires
erratum merdum
kalinka
04/02/07 à 23:38
Carambouille ! Il ne fallait pas lire rocher corallien, mais bien évidemment récif corallien. Cet absurde involontaire aura bien failli me coûter le plaisir de cette excellent apéro-crêpe. Je ressassais ce détail écologique et insolent et j'ai bien cru ne jamais m'en sortir... C'est idiot je sais il y en a mille autres des bourdes, mais ne souhaitant pas revenir sur les textes, je laisse filer généralement. Celle-là je n'sais trop pourquoi m'a tapé sur le système.
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