Des histoires plus ou moins vraies, plus ou moins autobiographiques et plus ou moins bien écrites.

S’inscrire dans l’agir conforme n’est pas un donné pour tous et, il faut bien le dire, reste un acquis fragile. Son écueil réside avant tout dans son irrationalité principielle : point de bonne raison suffisante au désir, ni à la haine d’ailleurs. La justification, c’est après, quand les actes sont consommés. Et il en faut pourtant de cette insoluble mystique des affects pour s’arrimer un tant soi peu à nos destins convenus de grandes plantes sociétales !
Reste à laisser un peu de place à son prochain, à ne pas lui piquer son champ de potentialités… Autre affaire que voilà, autre affaire que de projeter en soi les p’tites histoires de tout un chacun, que de ne pas s’envahir les uns les autres, et s’approprier pourtant des destinées aux trajectoires confuses et morcelées. Petites stratégies donc qui consistent à proposer à autrui ce qu’il nous donne à voir, à s’identifier en creux dans les instances multiples des paraître : j’aurai essayé, en somme, et la justesse ici compte pour bien peu.
Paradoxale, l’autonomie ? Désir d’agir, désir de s’interdire, et, il le faut bien, désir de se battre, parce qu’advenir : le monde n’est pas une communauté hippie, l’autonomie c’est du pouvoir en intention. Et de ce côté qui pourrait dire ce que les règles de vie de demain seront ? Alors énoncez, bien évidemment. Je désire : le travail, les enfants, me lever tôt le matin, aider mon prochain, mon réseau social, me laver, me former, le salariat, la citoyenneté, et je m’aime en résumé… Je s’interdit : le vol, la crasse, la violence, la transgression, les psychotropes, le mensonge, l’intolérance, la luxure, le grand Capital… et je me déteste, en un mot ?
Rentrons dans le vif de la fonction : éduquez à l’autonomie, telle est l’injonction qui vous est faite. On vous dira, vite fait bien fait, qu’il y a de la règle et qu’il y a du Soi. Et la loi, ici, celle du Livre, le juridique, n’y est pour rien. Il n’y a pas de Constitution ni d’article en Soi - si ce n’est celui de la mort, et c’est pour après, a priori. A cette mystique là, d’autres préférerons celle de l’être-sexe : on serait dans la pulsion, machines symboliques à mastiquer des mécanismes. Le désir c’est du cul plus ou moins métaphorique, de
kalinka | 01 h 05 | Rubrique : re/dressage social | Màj : 16/04/07 à 17 h 59
Comme d’une fenêtre dont on aurait oublié de fabriquer le mur, tout autour, les horizons semblent manquer aux êtres assistés. Sont-ils ivres d’une lumière sans ombre, collés aux protons d’un soleil éblouissant, les iris figés dans l’infini ? Ils vont-ils viennent sans but et sans projet, sans repères, assimilés aux stéréotypes lancinants d’une dinguerie errante et compulsive. Poser un cadre, alors, inscrire dans l’insigne fluidité des impressions la discontinuité de l’ordre du monde, séparer l’Autrui, imputer du truisme, révéler le banal et l’exceptionnel… Et voilà le travail ! Travail ?
Torturer de l’angoisse pour fabriquer de l’autonomie, manipuler l’être au nom de la Loi par soi-même – au Nom de la Loi, je m’arrête ! -, violente utopie que celle de l’énonciation de la trivialité à dessein performatif - Que la Lumière soit, et la Lumière fut ! -, la norme du parlêtre dit bien là ses aspirations dogmatiques, norme subjective qui sans limite borne l’inconsistance du monde.
En voilà une drôle de mission, en voilà de drôles de prêtres… prévenir, acte de foi visant à savoir ce qui ne doit pas être, à infliger comme en creux la solidité du cadre, et alarmer sans répit en imposant l’angoisse des confins. Comme d’un serpent qui se mord la queue, il semble que le fait de poser un cadre n’est d’autre finale utilité que d’asseoir le rôle de l’éducateur dans une fonction aux contours bien délimités, de le rassurer quant à sa présence et ses coordonnées dans l’ordre de la division du travail social.
L’encadrant cadré, en résumé.
kalinka | 20 h 23 | Rubrique : re/dressage social